La nuit où tout s’est arrêté
Il existe, dans les récits les plus anciens,
une nuit où la mer s’est arrêtée.
Pas calmée.
Arrêtée.
Les vagues se sont figées en pleine course,
comme suspendues par une main invisible.
Les courants ont cessé de tirer.
Même la houle profonde,
celle que personne ne voit,
s’est immobilisée.
Les anciens disaient que ce soir-là,
la mer avait retenu son souffle.
✨ Un ciel trop clair
Les pêcheurs étaient sortis tôt.
Le ciel était clair.
Trop clair.
Les étoiles semblaient plus proches,
comme si le ciel s’était penché pour écouter.
Puis, sans avertissement…
plus rien.
🔇 Le silence absolu
Plus de mouvement.
Plus de bruit.
Plus de vie apparente.
Les poissons restaient immobiles dans l’eau,
vivants, mais figés.
Les méduses ressemblaient à du verre.
Les navires restaient coincés,
sans vent,
sans courant,
comme cloués dans une toile invisible.
⚠️ L’attente
Et alors, quelque chose changea.
Les marins ressentirent tous la même chose :
une pression sourde dans la poitrine.
Pas de douleur.
Une attente.
Comme si le monde entier retenait
quelque chose de trop lourd pour être relâché.
Les plus sensibles disaient entendre
un battement très lent.
Un seul.
Puis un autre.
Pas un cœur humain.
Quelque chose de plus vaste.
🐋 Les profondeurs attentives
Au fond des eaux, on racontait
que les anciennes créatures
s’étaient tournées vers un même point.
Que les baleines avaient cessé de chanter.
Que les requins n’avançaient plus.
Même les profondeurs
semblaient attentives.
🌬️ Le souffle
Puis la mer expira.
Une vague unique parcourut
tous les océans à la fois.
Pas une vague destructrice.
Une vague silencieuse, profonde.
Elle traversa les coques,
les corps,
les pensées.
Certains marins tombèrent à genoux
sans savoir pourquoi.
D’autres pleurèrent,
submergés par des souvenirs
qui n’étaient pas les leurs.
Quelques-uns
perdirent la raison.
🌑 Ce qui reste
Quand tout reprit son cours,
le monde semblait identique.
Mais ceux qui avaient été là
savaient.
Depuis cette nuit,
certains endroits en mer
semblent plus lourds.
Les instruments fonctionnent,
mais l’eau y paraît plus dense.
Comme si elle gardait en mémoire
cet instant.
Les anciens affirmaient que la mer
avait retenu son souffle…
parce que quelque chose, ce soir-là,
avait failli remonter.
Et que si elle devait un jour
respirer trop fort,
le monde au-dessus de la surface
ne serait peut-être
pas prêt.