Celle qu’on ne voyait jamais deux fois
Bien avant que les hommes ne mesurent les océans,
il existait une baleine
que personne ne voyait jamais deux fois.
On l’appelait la Baleine noire,
non pour sa couleur,
mais pour l’ombre qu’elle laissait derrière elle.
Elle ne nageait pas comme les autres.
Elle glissait.
Lentement.
Comme si l’eau elle-même
s’écartait par respect.
Les anciens disaient que lorsqu’elle chantait,
la mer se souvenait.
🌊 Un chant qui descend
Son chant n’était pas destiné
aux autres baleines.
Il descendait.
Toujours plus bas.
Jusqu’aux endroits
où même la lumière
a peur d’aller.
Les marins racontaient que, certaines nuits,
ils entendaient une note unique.
Grave.
Interminable.
Pas un son qu’on entend avec les oreilles,
mais avec la poitrine.
Un appel qui faisait vibrer les os
et ralentissait le cœur.
Ceux qui l’entendaient devenaient silencieux.
Comme si parler après cela
était inutile.
⚓ La poursuite
Un jour, un navire de chasse la suivit.
Pendant des heures.
Puis des jours.
La baleine ne fuyait pas.
Elle menait.
Plus loin.
Plus profond.
Les eaux devenaient froides.
Lourdes.
Presque immobiles.
Puis elle s’arrêta.
⚠️ La chanson finale
Les hommes levèrent les harpons.
Mais avant qu’ils ne frappent,
la baleine chanta.
Ce ne fut pas un cri.
Ce fut une fin.
La mer changea autour du navire.
Les courants se tordirent.
Le ciel s’assombrit sans nuage.
Les hommes sentirent des souvenirs
qui n’étaient pas les leurs.
Des océans anciens.
Des mondes engloutis.
Des créatures disparues
depuis des millénaires.
Certains lâchèrent leurs armes.
D’autres tombèrent à genoux.
Un seul lança le harpon.
🌑 Le silence
La baleine plongea.
Mais elle ne fuyait pas.
Son chant s’éteignit brutalement,
comme si quelqu’un
avait fermé une porte sous l’eau.
Et avec lui,
quelque chose d’ancien
se tut à jamais.
🌊 Ce qui reste
Le navire rentra.
Les hommes survécurent.
Mais plus aucune baleine
ne chanta jamais de la même façon.
Depuis ce jour,
les océans sont plus bruyants en surface…
et plus silencieux
en profondeur.
Les anciens disent que la Baleine noire
était la mémoire vivante de la mer.
Et que sa dernière chanson
n’était pas un adieu.
C’était un avertissement.
Car quand la mer cesse de se souvenir,
elle commence
à oublier les hommes.